19 octobre 2007
Après la pluie.
Plus d'un an de silence ici. Mais tant de bruit dans ma vie. Trop. Je retombe ici par curiosité, comme si je venais y chercher une personne chère à mes yeux, que je n'aurais pas vue depuis des mois. Comme de retourner dans un bar fréquenté à l'époque en se disant, elle sera peut-être là. J'ai relu quelques notes et je ne l'ai pas trouvée. Ici, les mots de ma vie sont laids, sinistres. Aujourd'hui, tout est différent. J'ai eu envie aujord'hui de l'écrire ici. De faire savoir à tous ces anonymes qui passent peut-être encore par ici que je suis toujours vivante, plus que jamais, avec des mots trop forts pour être encore écrits. La vie et la mort ont traversé ma vie depuis ce silence. Et tant d'énigmes encore, tant de choses que je ne parviens pas à saisir. J'aimerais être plus clair, plus concrète dans ce que j'explique, mais ma vie du moment est une abtsraction. Je reviendrai, vraiment, plus souvent, par envie, pour mettre des mots sur quelque chose qui le mérite.
12 mai 2006
Un printemps.
Plusieurs mois ont passé. Je vis toujours dans cette nouvelle ville qui l'est un peu moins chaque jour. J'y ai des amis, plus que je n'en avais là-haut. Souvent je pense encore à Pablo. Il s'est marié, j'étais invitée, je n'y suis bien sur pas allée mais maintenant, tout me semble plus fluide, plus logique. J'ai digéré la rupture, ou peut-être bien que je l'ai vomie. Ma vie est belle et bien reconstruite. Je vis toujours seule, mais finalement bien moins seule que lorsque je vivais en couple, fermés sur notre petit appartement. Je travaille toujours dans ce petit restaurant du centre ville. Les patrons sont devenus des amis, un peu comme ma famille d'ici. Je reviens noter quelque mots ici parce que je remonte ce week-end. je prends le train demain matin pour passer une semaine chez mon père. C'est Daniel mon patron qui a insisté pour que je prenne quelques jours, je n'ai pas pris de congés depuis mon arrivée ici. Je n'ai même pas encore vu mon neveu et je dois avouer que ma vraie famille me manque un peu.
02 octobre 2005
Bien vivante.
J'existe toujours. Plus précisément: j'existe enfin.
Je me suis mis (comme promis dans mon dernier message ici) un bon coup
de pied au cul. J'ai quitté appartement, ville, région, famille. Pas si
facile que ça. Surtout pour la famille: Mathilde et Antoine, mon père.
Plusieurs fois depuis mon départ j'ai eu envie de venir noter quelques
mots ici, mais je ne voulais pas crier victoire trop tôt. Le premier
mois a été plein de doutes: dans un appartement vide, les meubles
tardant à arriver, plus de confident (même s'il n'y en a jamais
vraiment eu), pas de travail, en pleine chaleur, comme coupée du monde
alors que sous mes fenêtres, l'effervescence estivale m'appelait. J'ai
fait le deuxième pas en août. Trouver du travail. Je traversais le
centre de ma nouvelle ville en scrutant les vitrines. C'est finalement
dans la restauration et non dans la vente que j'ai trouvé le petit job
idéal. Tous les serveurs qui me liront se demanderont quelle
inconsciente je suis pour parler là de job idéal. Pourtant, ça fait
deux mois que je fais mes heures dans ce petit resto sympa du centre
ville. J'aime les "coups de feu", le contact avec les clients, le fait
d'être une exécutante qui se doit d'être efficace. On ne me demande pas
de réfléchir, et justement, je n'ai pas envie de réfléchir. On parle à
mes jambes qui se doivent d'être rapide et non à ma tête. Personne ne
me demande rien. J'aime voir la salle se vider, sentir cette pression
redescendre, percevoir la fatigue dans chaque muscle. Souvent tard le
soir, je quitte le restaurant pour retourner à pieds, chez moi, à
l'autre bout de la ville qui dort. Je m'endors sans demander mon reste,
chaque soir. Les derniers mois, je ne trouvais plus le sommeil.
Voilà.
Octobre marque la fin réelle de la saison estivale. Dans une heure, je
serai déjà au travail, même s'il n'y a que quelques retraités et
quelques égarés qui viennent encore animer la ville. Je la découvre
vraiment, telle que je vais la voir toute l'année. Je suis seule. Mais
je suis libre.
05 juin 2005
Démission
J'ai lâché mon job. La semaine dernière était ma dernière semaine. Grosse remise en question il y a un mois. Je veux effacer le tout, le "avant". J'ai demandé un rendez-vous à Martine qui pensait que mon sourire niais cachait une entourloupe. Non, c'est juste l'impression de faire ce que je devais faire depuis longtemps. Elle m'a demandé de rester un mois. Elle a compris.
Et il n'y a pas que ça qui change. Le préavis de l'appartement est posé. Je le quitte à la fin du mois. Je ne veux plus vivre dans ces murs où je reste celle que j'étais avant, la Tia de Pablo. Il faut que je parte pour éviter ce sur-place. Puis je me renseigne pour reprendre des études à la rentrée. Quelque chose de concret. Pas de fac. Je veux faire quelque chose de mes deux mains.
Je suis convaincue d'être enfin dans le droit chemin. C'est une démission de toute mon ancienne vie. Tout recommence. Tout n'avait jamais commencé en fait.
06 mai 2005
Mascarade.
Je reprends doucement ma place dans le monde des vivants. Un mois en pilote automatique. Je me rends chaque jour sur mon lieu de travail sans plus savoir pourquoi. Un robot. Mes collègues se rendent compte que quelque chose ne va pas, elles m'en font part. Moi je ne vois plus rien. Je n'ai plus ma place nulle part. Je regarde en arrière, les quelques lignes laissées ici, censées m'aider à y voir plus clair, ce n'est que de la poudre aux yeux. Je ne suis qu'une pauvre fille qui s'est fait larguer. Et j'attends que quelqu'un débarque dans ma vie pour m'annoncer que tout cela n'est qu'une sale blague, que je vais récupérer MA vie, avec P., ce que j'avais construit, que tout cela n'est qu'une mascarade.
Je veux me réveiller. Il faut que j'avance. Je dois réagir. Faire ce pas en avant qui me sépare de la réalité des vivants.
09 avril 2005
Je rumine...
Quelques semaines que je n'ai laissé mot ici. Tellement de choses ont changé. Dans cette grande parenthèse noire de l'hiver et de ma putain de solitude, j'ai fini par accepter les avances de plus en plus insistantes de Mathieu. Car il me faisait rire. Car ses sourires me faisaient un peu oublier le gris. Car je ne voulais pas être seule. C'était une erreur, tellement égoïste. Car lui voulait de l'amour, et j'ai mis un grand coup de couteau dans ses espoirs. Puis je ne suis pas moins seule pour autant, moins triste. Je n'aime pas l'écrire ici, je n'aime pas étaler comme tant d'autres cette noirceur qui est si personnelle mais semble si banale. Alors, à l'heure d'aujourd'hui, Mathieu partage quelques nuits de mes semaines, mais il sait que ce ne sera jamais plus. Je le lui ai dit, je voulais être sincère. Et comme je sais qu'il attendra toujours plus, espoir futile, je vais très rapidement mettre fin à cette mascarade.
Puis, il y a toujours ce job, qui me semble de plus en plus étouffant, comme tout le reste. Mathilde en est à son troisième mois de grossesse et passe toujours des examens réguliers. Mon père, quant à lui, qui était un repère, semble vouloir inscrire dans sa vie des virages radicaux que je ne comprends pas. Puis je n'ai plus aucune nouvelle de Pablo, plus de portable, plus de contact et c'est bien mieux ainsi.
11 mars 2005
La poisse
Comme si on m'en voulait. Mais qui est "on"? Y'a comme un acharnement de douleur. Putain, j'ai pourtant rien demandé à personne. Non, je ne tourne pas parano... Y'a lui qui se marie, cet avertissement au travail, mon père qui pète les plombs, les soucis de santé de Mathilde qui doit nous faire malgré tout un beau bébé, ces paperasses auxquelles je ne comprends plus rien et pour couronner le tout, je ne retrouve plus mon portefeuille. S'il n'y avait que ça, mais il y a cette chape de plomb et de tristesse au-dessus de moi en permanence. Je ne me retrouve plus. Le bonheur des autres ne parvient plus à me faire sortir la tête de l'eau, surtout qu'il y en de moins en moins autour de moi, un bien précieux qui se fait rare. J'ai peur. Pour la suite.
26 février 2005
Poupée en plastique
Cette nuit, dans un rêve, Mathieu m'aidait à choisir une robe de mariée. Celle que j'essayais était rouge et noire, avec des volants en dentelle, comme celles que portaient les petites poupées-souvenir-de-voyage que m'offrait ma grand-mère quand j'étais petite.
24 février 2005
A la charge...
Mathieu, le come back. Devant ma porte hier soir. Plus mignon que
jamais, petite tête de chien battu, avec une bouteille de crémant dans
la main gauche et un bouquet de tulipes rouges dans la droite. Ses yeux
me disaient: "je sais bien que j'ai rien à faire ici, mais c'est plus
fort que moi". Sa bouche a juste articulé "j'espère que tu n'avais rien
de prévu...". Si, j'avais prévu de prendre une douche chaude pour me
laver de cette journée de merde et de me mettre au lit pour l'oublier.
Mais bien sur, je l'ai laissé entrer. Il m'a dit avoir cherché à avoir
de mes nouvelles par nos amis communs, mais que c'était le silence
radio, alors, un peu inquiet, il a décidé de prendre les devants au
risque de se prendre un vent.
Cela faisait quelques temps qu'il n'était pas revenu à la charge avec
ses petits messages. Je pensais qu'il avait compris que je n'étais pas
prète, que je n'en avais pas envie, que ça ne m'inspirait rien. J'ai
pas pu le laisser sur le pas de la porte.
Il m'a étonné. Il a
mis de la musique (Pink martini) pendant que je prenais ma douche (on
ne me fait que difficilement changer mes projets en ce moment), a fait
un tour d'horizon de mon frigo désertique et a fini par commander un
truc par téléphone que nous avons attendu à petites gorgées de
crémant... Il a du dire trente fois que s'il me dérangeait je devais le
mettre dehors sans hésiter. Il avait commandé des plats thaïlandais que
j'ai adorés, il m'a raconté des bétises, m'a fait sourire, a même
improvisé une chorégraphie pour me faire rire, ne m'a posé aucune
question sur ce qui pouvait me "coller tant de tristesse sur le visage"
(dixit)... Moi j'étais là, sur mon canap', comme une éponge, avec toute
cette bonne humeur dans mon salon... Puis, alors que la neige tombait à
gros flocons, et qu'entre nous le silence s'installait, il m'a posé une
bise sur la joue et m'a dit "je te laisse".
Finalement j'étais peut-être contente de le revoir...
22 février 2005
En forme de coeur...
Trop de gris pour que ce soit encore important d'ouvrir les yeux le matin. Bosser ici m'apporte si peu. Mes collègues parlent de leurs enfants, de leurs maris, de leurs petites maladies, de leurs bonheur pas contrariés, de leurs blanquettes de veau, de leurs cours de gym. J'en viens à détester leurs sourires et leurs petites manies. Même pas de la jalousie. Juste que ça ne me regarde pas. Je ne veux plus le savoir.
Mathilde a laissé un mot sur ma porte, un petit post-it en forme de coeur, "juste pour dire qu('elle) pensai(t) à (moi) ". Je m'oublie.